Alopécie androgénétique masculine

Alopécie androgénétique masculine: traitement, prévention, causes et symptômes

1 Star2 Stars3 Stars4 Stars5 Stars (2 votes, average: 5.00 out of 5)
Loading...

Diagnostic et physiopathologie

L’AAG masculine (AAGM) s’accompagne souvent d’une hyperséborrhée. Elle peut débuter dès la puberté. L’anamnèse révèle, dans 80% des cas, des antécédents chez le père ou la mère pouvant avoir une valeur pronostique. L’AAGM débute aux golfes temporaux et au vertex. Elle s’aggrave progressivement pour ne respecter, dans les formes évoluées, que la zone occipitale et les zones pariétales basses. Aucun examen biologique ou histologique n’est nécessaire. Le diagnostic est clinique.

Les androgènes stimulent la croissance des poils androgénodépendants et accélèrent la transformation des cheveux en duvet.

La testostérone est transformée par une enzyme, la 5-alpha réductase (5AR) en dihydrotestostérone (DHT). La DHT se fixe alors à un récepteur cytosolique, puis nucléaire, ralentissant ainsi la durée de la phase anagène. L’activité de la 5AR et la densité et la sensibilité des récepteurs sont sous dépendance génétique. Une trop forte expression induit une AAG. Deux formes de 5AR ont été identifiées : la forme 1 est exprimée dans la peau et les glandes sébacées ; la forme 2 est exprimée dans la prostate, la partie frontale et le vertex du cuir chevelu où son expression serait plus importante chez les hommes prédisposés à l’AAGM. Les patients ayant une anomalie du récepteur aux androgènes ou un déficit héréditaire en 5AR2 ne développent pas de calvitie.

Traitements

Minoxidil et finastéride possèdent une autorisation de mise sur le marché (AMM) dans le traitement et la prévention de l’AAGM.

Minoxidil à 2%

Le minoxidil à 2% est actuellement délivré sans prescription. Les études effectuées pour obtenir l’AMM du minoxidil dans l’AAGM ont été les premières études rigoureuses réalisées dans cette pathologie.

Le minoxidil à 2% ou à 5 %, non remboursé par la sécurité sociale est utilisé à raison de 1 mL, deux fois par jour, en application locale sur cuir chevelu sec. Il ne faut pas pratiquer de shampooing dans les 3 heures qui suivent chaque application. Une accentuation transitoire de la chute est possible pendant les 6 premières semaines. Les résultats sont perceptibles après 3 mois. Globalement, il existe une action antichute dans 70% des cas et une repousse discrète ou modérée dans environ 40 %. L’arrêt du minoxidil s’accompagne d’une perte du bénéfice acquis en 2 à 6 mois, et une seule application par jour est moins efficace.

Les effets secondaires sont rares et bénins : irritation, pellicules et quelques cas d’eczéma le plus souvent après plusieurs année d’utilisation.

Minoxidil à 5%

Le minoxidil à 5% (Alostilt 5% solution) est disponible en France sur prescription depuis octobre 1998. Il donne des résultats plus précoces et plus importants que le minoxidil à 2 %. Le poids des cheveux augmente de façon deux fois plus importante sous minoxidil à 5% par rapport au minoxidil à 2%[7]. Trente-six hommes de 18 à 40 ans ont été suivis 102 semaines. Le poids des cheveux était stable sous placebo, alors qu’il augmentait de 30 % à la 16e semaine avec le minoxidil à 2% et de 60% à la 16e semaine avec le minoxidil à 5 %. Après 96 semaines, la masse des cheveux était plus importante dans les groupes traités par minoxidil, avec toujours un avantage plus net dans le groupe minoxidil à 5 %.

Dans le groupe témoin, il existait une diminution du poids des cheveux de 7 à 8%par an. L’efficacité et la tolérance du minoxidil ont également été appréciées dans une étude randomisée en double aveugle incluant 393 hommes traités 48 semaines par minoxidil à 2%ou à 5 %, ou par placebo. Les résultats montrent une supériorité du minoxidil à 5% sur le 2%, tant sur le compte des cheveux que sur l’appréciation cosmétique par les patients. La repousse avec le minoxidil 5% est plus rapide qu’avec le minoxidil 2%; elle est surtout un peu plus importante. Les irritations sont plus fréquentes, mais restent peu importantes : 5,7%versus 1,9%sous placebo.

Finastéride

Le finastéride est un inhibiteur de la 5AR de type 2, disponible en France sur prescription depuis février 1999 (Propeciat). Il est indiqué per os à la dose quotidienne de 1mg dans le traitement et la prévention de l’aggravation des AGGM peu évoluées chez les hommes de 18 à 41 ans. L’efficacité antichute est observée dès 3 mois et la repousse, quand elle existe, dès le sixième mois. L’efficacité du traitement doit être évaluée vers le sixième mois par le prescripteur. Une utilisation continue est nécessaire. En cas d’interruption, le bénéfice disparaît en 6 à 12 mois. Après 2 ans de traitement, une stabilisation est possible chez 80%des patients.

Une repousse est mise en évidence dans 48% des cas à 1 an et dans 66% à 2 ans. À 1 an, la repousse est faible dans 30 %, modérée dans 16% et importante dans 2 % des cas. À 2 ans, les chiffres sont respectivement de 30, 31 et 5%. À plus long terme, après 4 ans de traitement, 55% des patients traités sont améliorés sur photographies, versus 0% sous placebo, et 60 % des patients se déclarent globalement satisfaits. Si tous les patients perdus de vue ou ayant arrêté le traitement sont considérés comme des échecs, les résultats restent très bons avec 44% de repousse à 1 an et 48% à 2 ans.

Le finastéride n’est pas remboursé par la Sécurité sociale et le coût mensuel est d’environ 360 Francs. Le finastéride est contre-indiqué chez l’enfant et chez la femme enceinte en raison du risque d’anomalies de développement des organes génitaux externes chez un foetus de sexe masculin. Il ne doit pas être utilisé chez la femme. La tolérance clinique est bonne. Les seuls effets secondaires significatifs, observés dans 1 à 2% des cas, sont d’ordre sexuel : baisse de la libido 1,9% versus 1,3% dans le groupe placebo ; dysfonction érectile 1,4% versus 0,9% dans le groupe placebo ; anomalie de l’éjaculation 1% versus 0,4% dans le groupe placebo. Ces effets secondaires disparaissent, soit spontanément, soit 10 à 15 jours après l’arrêt du traitement. Quelques cas exceptionnels de sensibilité et d’augmentation du volume mammaire, d’éruption cutanée ou d’oedème des lèvres ont été décrits.

Autres traitements médicaux

L’association minoxidil et finastéride n’a pas été étudiée chez l’homme. On sait cependant que l’effet est additif chez le macaque chauve et les quelques résultats obtenus en ouvert avec cette association sont encourageants.

Les compléments alimentaires, les vitamines (vitamine B5 et biotine), les préparations à base d’acides aminés soufrés peuvent avoir une efficacité sur le diamètre des cheveux et sur la tenue de la chevelure. Il n’existe aucune étude validant une efficacité antichute ou antiséborrhéïque. Ils peuvent cependant être utiles en première intention dans les alopécies débutantes ou au cours des chutes de cheveux saisonnières.

Les différentes préparations vasodilatatrices ou rubéfiantes sont décevantes ; cependant, les patients peuvent être satisfaits de certaines préparations topiques pour leur emploi agréable et pour une amélioration cosmétique de la chevelure, plus brillante et plus tonique.

Traitements chirurgicaux

La chirurgie capillaire doit être envisagée chez des patients motivés ayant une AAGM peu évolutive. Il est préférable de ne pas opérer les sujets de moins de 25 ans. Les techniques chirurgicales dépendent du stade de l’AAGM et du désir des patients. Elles reposent sur le fait que des cheveux prélevés sur la couronne gardent sur la zone donneuse leur potentiel de pousse et de renouvellement. Les interventions le plus souvent pratiquées restent les autogreffes. Les greffons cylindriques sont abandonnés au profit des mini- et des microgreffes pratiquées sous anesthésie locale. La chirurgie doit être réalisée en prévoyant l’évolution future de la calvitie. Les microgreffes permettent de réaliser une bordure frontale naturelle et les minigreffes permettent une meilleure densité plus en arrière. Lambeaux de transposition et réductions de tonsure sont moins pratiqués. Les implantations de cheveux artificiels sont à proscrire (rejet et surinfection).

Postiches ou prothèses capillaires

Les perruques sont indiquées dans les alopécies postchimiothérapie ou dans les pelades totales ou étendues. Elles sont prises en charge par la sécurité sociale à hauteur de 500 Francs. Les postiches ou prothèses capillaires partielles permettent de couvrir une tonsure ou de corriger les grandes calvities. Elles ne sont pas prises en charge par la sécurité sociale. Ces postiches réalisés sur mesure sont fixées par adhésif, clips ou tressage. Le mélange de plusieurs teintes permet de réaliser exactement la nuance de couleur de chaque patient.

Stratégie thérapeutique

Chez l’homme, le traitement est d’abord médical. Le choix dépend de ce que le patient a déjà fait, de l’état de son cuir chevelu et de ses motivations à prendre plutôt un traitement par voie orale ou en application locale.

  • Finastéride : 1 comprimé/j (1 mg) en continu, au moment ou en dehors des repas. L’augmentation des doses n’augmente pas l’efficacité. Il est important d’expliquer au patient que le traitement est efficace au bout de 3 mois et que les résultats sont maximaux à 1 an, voire 2 ans de traitement. Quelques cas d’oedème des lèvres, d’éruption ou de gynécomastie ont été décrits. Dans 1 à 2%des cas, il peut exister des baisses du désir sexuel et de la libido. Les rares cas de dysfonction érectile sont réversibles, soit avec la poursuite du traitement, soit à l’arrêt du traitement.
  • Minoxidil : une application locale de 1 mL matin et soir sur les zones atteintes, en continu. L’efficacité est un peu plus rapide et peut s’observer dès le deuxième mois de traitement avec la forme à 5%. Vérifier l’absence d’irritation, de pellicules ou d’eczéma, et surveiller de principe la tension artérielle. Une augmentation de la chute correspondant à l’élimination de cheveux télogènes peut s’observer au cours des 6 premières semaines.

Quel que soit le traitement, efficacité et tolérance sont appréciées par le patient et par le médecin. La prise de photographies avant traitement est souhaitable. Le patient est revu 3 mois après le début du traitement, puis tous les 6 mois. Si un des traitements n’est pas efficace, l’autre peut être proposé. La non-réponse à l’un n’implique pas une non-réponse à l’autre. Les deux traitements peuvent être associés. L’efficacité de ces traitements est suspensive. En cas d’arrêt, le bénéfice acquis est perdu au bout de 3 mois environ pour le minoxidil et de 6 mois environ pour le finastéride.

Références

[1] Bonvalet D. Les alopécies cicatricielles. In : Bouhanna P, Reygagne P éd. Pathologie du cheveu et du cuir chevelu. Paris : Masson, 1999 : 172-184
[2] Bouhanna P. Chirurgie des calvities masculines et féminines. In : Bouhanna P, Reygagne P éd. Pathologie du cheveu et du cuir chevelu. Paris : Masson, 1999 : 255-280
[3] Jouanique C, Reygagne P. Alopécie androgénétique de la femme. Concours Méd 1998 ; 120 : 2120-2125
[4] Jouanique C, Reygagne P. Effluvium télogène. Concours Méd 1998 ; 120 : 2120-2125
[5] Kaufman KD, Olsen EA, Whiting D, Savin B, De Villez R, BergfeldWet al. Finasteride in the treatment of men with androgenetic alopecia. J AmAcad Dermatol 1998 ; 39 : 578-589
[6] Mehregan DA, Vanhalle HM, Muller SA. Lichen planopilaris: clinical and pathologic study of forty-five patients. J Am Acad Dermatol 1992 ; 27 : 935-942
[7] Price VH, Menefee E, Strauss PC. Change in hair weight and hair count in men with androgenetic alopecia, after application of 5 % and 2 % topical minoxidil, placebo, or no treatment. J Am Acad Dermatol 1999 ; 41 : 717-721
[8] Reygagne P. Les alopécies médicamenteuses. Inf Dermatol 1996 ; 21 : 15-19