Alopécie androgénétique féminine

Alopécie androgénétique féminine: traitement, prévention, causes et symptômes

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L’AAG féminine (AAGF) , tout comme l’AAGM, est le plus souvent héréditaire. Il est cependant nécessaire d’éliminer une étiologie iatrogène ou endocrinienne.

Diagnostic

L’AAGF se développe progressivement à partir de la puberté. Dans un premier temps, la chute est exagérée, mais le renouvellement capillaire empêche la constitution d’une alopécie. Ensuite les cheveux deviennent plus fins et une alopécie diffuse s’installe, respectant une mince bande frontale antérieure et la zone occipitale basse. L’interrogatoire recherche : – une prise d’androgènes, d’anabolisants, de corticoïdes ou encore de progestatifs androgéniques ; – des signes de dysovulation (aménorrhée, spanioménorrhée). L’examen recherche des signes d’hyperandrogénie mineurs (hyperséborrhée, acné, hirsutisme) ou majeurs (hypertrophie clitoridienne, voie rauque, atrophie des seins, morphogénie masculine).

Bilan hormonal

Est-il nécessaire?

Le bilan hormonal n’est indiqué que s’il existe des anomalies des règles ou des signes d’hyperandrogénie. Il faut demander en première partie de cycle un dosage de testostérone, de 17-OH-progestérone et de sulfate de déhydroépiandrostérone (sDHA). Ce bilan permet de rechercher une hypersécrétion d’androgènes ovariens ou surrénaliens, et de faire ensuite, avec le spécialiste, si ce bilan est anormal, des explorations dynamiques à la recherche d’un bloc surrénalien à révélation tardive ou une échographie à la recherche d’ovaires polykystiques. Le bilan doit toujours être effectué à distance de tout traitement corticoïde ou hormonal et 2 à 3 mois après arrêt d’une éventuelle contraception. S’il existe une aménorrhée et/ou une galactorrhée, une prolactinémie est demandée. En cas de suspicion de syndrome de Cushing, un cortisol libre urinaire des 24 heures est demandé.

Traitement

Devant une AAGF peu sévère, il faut expliquer que l’AAGF n’évolue pas vers une véritable calvitie. Ensuite, il faut éliminer une aggravation secondaire à un oestroprogestatif androgénique, un stress récent, ou une carence en fer associée. Un traitement vitaminique (vitamine B5 et biotine) ou un traitement par acides aminés soufrés sur une durée de 2 à 3 mois peut aider à rassurer les patientes inquietes. Si l’AAGF est plus avancée, deux traitement sont disponibles :minoxidil et acétate de cyprotérone.

Minoxidil à 2%

Il est utilisé selon les mêmes modalités que dans l’AAGM.

Le minoxidil à 5% n’est pas indiqué chez la femme en raison d’hypertrichoses faciales, observées notamment chez les femmes noires ou très brunes. Il peut être utilisé hors AMM chez les femmes ayant une pilosité peu développée. Certains préconisent une seule application de 2 mL de minoxidil à 5 % le soir. Ce schéma, moins contraignant, ne repose pas sur des études cliniques permettant de le comparer au traitement classique. Tout comme chez l’homme, le traitement par minoxidil est suspensif et l’arrêt des applications s’accompagne d’une disparition des effets bénéfiques en 2 à 6 mois.

Acétate de cyprotérone

L’acétate de cyprotérone a une AMM dans le traitement de l’hirsutisme, mais pas dans celui de l’AAGF isolée. Son action antiséborrhéique est rapide, mais l’action antichute est plus lente et moins constante, et l’action sur la repousse n’est pas très bien documentée. L’acétate de cyprotérone est indiqué en cas d’hirsutisme idiopathique associé à l’AAGF, ou hors AMM en cas d’AAGF associée à une hyperséborrhée ou à une acné. En dehors de ces situations, l’acétate de cyprotérone n’apporte pas de bénéfice clinique.

Chez la femme jeune et en l’absence de contre-indication, le traitement le plus simple repose sur l’utilisation de la pilule Dianet 35, 21 jours sur 28, associée à 25 ou 50 mg d’acétate de cyprotérone les 20 premiers jours de chaque plaquette. Dianet 35 permet une contraception immédiate si elle est prescrite dès le début des règles et assure en général des règles régulières, sans spotting, mais elle expose aux complications métaboliques de l’éthinyl-oestradiol.

Chez la femme, après 40 ou 45 ans, ou s’il existe une contre-indication à l’éthinyl-oestradiol, Dianet 35 est remplacé par un oestrogène naturel à la dose de 1 à 3mg/j, 20 jours sur 28, administré per os ou par voie per cutanée. L’acétate de cyprotérone, à la dose de 25 à 50 mg, est impérativement associé, 20 jours sur 28, pour assurer la contraception. Une contraception locale est indispensable le premier mois. L’acétate de cyprotérone induit une atrophie de la muqueuse utérine et les règles peuvent disparaître chez 40% des patientes. L’apparition de spotting nécessite une réduction de la dose d’acétate de cyprotérone ou une augmentation de la dose d’oestrogènes. Les saignements sont aggravés s’il existe un stérilet. Des adaptations posologiques sont parfois nécessaires après 3 mois de traitement. Le traitement doit être prolongé au minimum 12 à 18 mois. En l’absence de désir de grossesse, il peut durer plus longtemps.

Quelle contraception chez la femme jeune?

Deux types de contraception peuvent aggraver ou déclencher une AAGF chez les femmes prédisposées :

  • les oestroprogestatifs comportant un progestatif androgénique ;
  • les pilules microdosées comportant un progestatif utilisé seul. Une demande de contraception peut survenir chez une femme prédisposée à l’AAGF. On propose :
  • soit un oestroprogestatif minidosé, à 20 ou 30 ng d’éthinyl-oestradiol avec un progestatif de troisième génération (gestodène, norgestigmate ou désogestrel) ;
  • soit Dianet 35 contenant 2mg d’acétate de cyprotérone et 35 ng d’éthinyl-oestradiol.

En cas d’acné, d’hyperséborrhée ou d’hirsutisme associé, il est possible d’ajouter 12,5 à 50 mg d’acétate de cyprotérone à Dianet 35 ou à 25 ng d’éthinyl-oestradiol.

En cas de contre-indication à l’éthinyl-oestradiol, il ne faut pas prescrire un progestatif microdosé mais une association acétate de cyprotérone et oestrogène naturel, avec une contraception locale le premier mois.

Autogreffes

La réalisation de mini- ou de microgreffes chez la femme doit être très prudente, car l’AAGF est le plus souvent diffuse et une chute de cheveux autour des sites receveurs est possible. Il ne faut donc proposer des greffes que si la densité capillaire est bonne sur les zones donneuses et très faible sur les zones receveuses. Ces greffes doivent être réalisées par un chirurgien ayant l’habitude des greffes de cheveux chez la femme.

Références

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